jeudi 19 novembre 2009

I had a dream

Stade de France, mercredi 18 novembre 2009. 23h13.
On joue la 104ème minute de France-Irlande quand Thierry Henry contrôle dans la surface et sert William Gallas qui marque de la tête. Le stade explose de joie (et de soulagement) alors que les joueurs irlandais se ruent sur l’arbitre pour protester. De leur côté, tous les Bleus félicitent le buteur. Tous sauf un. Thierry Henry, coupable d’une main flagrante, va voir l’arbitre et lui explique qu’il a retenu volontairement le ballon de la main sur l’action. Mr Hansson annule le but logiquement, dans la consternation générale. Les supporters français sont dépités (rien de pire qu’une fausse joie pas vrai ?) et après quelques minutes de confusion, le match reprend.

Les Bleus, toujours menés 1-0, continuent d’être largement dominés par les irlandais et ne parviennent pas à se procurer la moindre occasion. A la 119ème minute, alors que les deux équipes se dirigent vers la traditionnelle séance de tirs aux buts, Richard Dunne surgit sur corner et catapulte de la tête le ballon dans les cages de Lloris. 2-0 pour l’Irlande ! Cette fois, le Stade de France est K.O. L’Irlande se qualifie pour le Mondial grâce à cette victoire héroïque. La France n’ira pas en Afrique du Sud et rate ainsi la Coupe du Monde pour la première fois depuis 1994.

Pendant que les irlandais, en larmes, se tombent dans les bras et remercient les 15 000 supporters qui ont fait le déplacement, Thierry Henry s’explique au micro de David Astorga : "Tout est allé très vite. J'empêche le ballon de sortir avec la main et je le passe avec le pied à William, mais 10 secondes après j’ai réalisé qu’on ne pouvait pas se qualifier comme ça. C'était trop gros et injuste".

Interrogé dans la foulée, Raymond Domenech déclare après la défaite :"Un échec ? Non. Je suis très fier de la réaction de Titi. L’humilité et le fair-play sont des valeurs que j’ai véhiculé dans le groupe pendant ces 4 années à la tête de l’équipe de France, je suis content de ce qu’ils ont retenu. - Déçu de ne pas aller en Afrique du Sud ? Pas tellement, j’ai prévu d’y aller en janvier avec Estelle, c’est la meilleure saison."

Le lendemain de la défaite, la France se réveille groggy mais la tête haute. La presse nationale évoque l’absence des Bleus à la Coupe du Monde mais salue unanimement l’honnêteté du joueur du Barça, qui a su montrer l’exemple. L’Equipe titre « C’est beau un monde qui joue » en référence à Henry et à la performance des irlandais. Pour Le Parisien : « Henry sauve l’honneur de la France ». L'édito dénonce la piètre performance des Bleus qui ne méritaient pas de se qualifier.

Les quotidiens étrangers évoquent eux aussi largement la réaction exemplaire de l'attaquant français, de plus en plus rare sur les terrains de foot : « It's just a game » reprend The Sun outre-manche. Pour The Irish Times, le n°12 tricolore devient « Thierry Hero » et The Times y va de son « God save Henry ». En première page de The Independant, on peut lire « Fair Play 1–0 Video » qui évoque le sempiternel débat sur l’arbitrage.

A 11h, Jean-Pierre Escalettes annonce officiellement (devant un parterre de journalistes en folie) que Raymond Domenech sera remplacé par Laurent Blanc une fois la saison terminée avec Bordeaux. L’objectif du "Président" sera de qualifier la France et d'atteindre le dernier carré à l’Euro 2012.

Vers 14h, les joueurs français se laissent aller aux commentaires. Malgré la déception de ne pas aller au Mondial, Lassana Diarra se réjouit de la nomination de Blanc à la tête des Bleus, "un ancien champion du monde qui, lui, a tout gagné". William Gallas est l’un des premiers à mettre en cause directement l’ancien coach et déclare que "son discours n’est jamais passé dans le vestiaire".

En fin de journée, les langues commencent à se délier. Pour Patrice Evra, Domenech "n’avait pas le niveau international". Jérémie Toulalan en rajoute une couche, "on l'a soutenu alors qu'on ne comprenait pas ses choix. Et sur le terrain, on était laissés à l’abandon". Yohann Gourcuff, quant à lui, avoue être "soulagé" par le départ de Raymond et remercie la compagne du sélectionneur d’être "restée discrète" en évoquant une aventure qu'il aurait eu avec elle à Biarritz en 2004. Un silence sans lequel "(il) n’aurait jamais pu connaître (ses) premières sélections sous le maillot bleu".

Stade de France, mercredi 18 novembre 2009. 23h13…

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