mardi 27 octobre 2009

Cleveland le vaut bien


Yes ! George Eddy est toujours là et le championnat de NBA reprend cette nuit. En plus, la saison qui s'ouvre s'annonce particulièrement passionnante. Parmi les sérieux prétendants au titre détenu par les L.A. Lakers, les Cleveland Cavaliers de Lebron James et Shaquille O'Neal sont bien placés. Pour eux, c'est un peu la saison ou jamais.

Ancien centre industriel situé sur les rives du Lac Erié, Cleveland (Ohio) a subi de plein fouet la désindustrialisation dans la seconde moitié du XXè siècle. Alors qu'elle se reconvertissait dans les services financiers et les assurances (bien vu), la ville a été violemment touchée pas la crise des subprimes en 2007. Des milliers de logements ont été saisis et des quartiers entiers sont aujourd'hui abandonnés. A l'instar d'autres métropoles de la région des Grands Lacs, comme Detroit ou Buffalo, le chômage et la criminalité sont en forte hausse.
Pour l'instant, il ne faut pas compter sur le sport pour remonter le moral des habitants de Cleveland. Malgré la présence de trois franchises professionnelles (les Browns en NFL, les Indians en MLB, et les Cavaliers en NBA), la ville n'a remporté aucun titre national depuis 1964. Cleveland est d'ailleurs considérée aux Etats-Unis comme une ville maudite sportivement.
Pourtant, depuis quelques années, les habitants de "Forrest City" ont de sérieuses raisons d'espérer enfin un titre de champion.


En 2003, les Cleveland Cavs obtiennent le 1er choix de draft et choisissent LeBron James, immense espoir du basket américain né à Akron, dans l'Ohio. Surnommé "The Chosen One", l'enfant du pays, passé directement du lycée à la NBA, doit mettre fin aux années de disette de Cleveland dans les championnats professionnels. Le successeur désigné de Michael Jordan a une pression énorme sur les épaules, mais va rapidement confirmer son talent incroyable et assumer son rôle de leader au sein de la franchise. En 2007, "King James" emmène sa franchise jusqu'aux finales NBA pour la première fois de son histoire, avant de se faire balayer par les Spurs de San Antonio (4-0). Les médias américains diront à l'époque que Cleveland est une ville "torturée"...
Depuis, LeBron James a progressé. Élu
MVP de la saison en 2008, le n°23 est en pleine maturité et compte bien remporter sa première bague de champion cette année, avant la fin de son contrat avec les Cavaliers.

Conscients qu'il fallait mettre le paquet avant que James ne devienne
free-agent, les dirigeants des Cavs ont fait signer cet été Shaquille O'Neal, le vétéran. A 37 ans, le célèbre pivot souhaite relever un dernier challenge après 17 saisons en NBA et 4 titres de champion. Son expérience ainsi que ses 147 kilos devraient peser cette année dans la raquette des Cavaliers, qui cherchent plus d'impact à l'intérieur. Le "Shaq" a fait une préparation d'avant-saison à sa manière, puisqu'il a profité de l'été pour créer une émission de télé-réalité, Shaq vs., dans laquelle il a affronté certains des meilleurs athlètes du monde dans leurs sports respectifs. A ne pas manquer, le combat contre Oscar De La Hoya. O'Neal sera sûrement plus à l'aise sur les parquets qu'en piscine face à Michael Phelps, il aura en tout cas à coeur de faire taire les critiques des spécialistes, qui le jugent trop vieux et trop lent face à la nouvelle génération.

Bon, OK, il faut avouer que Cleveland n'est pas l'équipe la plus glamour de la NBA. Un nom de franchise franchement moyen, un maillot relativement laid, une ville du Midwest...c'est sûr ça fait moins rêver que les Boston Celtics de Kevin Garnett ou le Orlando Magic de Vince Carter. Mais si une bague de champion suffit à redonner le sourire aux 445 431 habitants de Cleveland, on veut bien supporter les Cavaliers, mais juste pour cette année alors. Go Cavs ! (en français, "Allez les Caaaaaaaaves").

mardi 20 octobre 2009

Jenson Button, un champion bien de son temps


Jenson Button a décroché au GP de Sao Paulo son premier titre de champion du monde de Formule 1, alors qu'il avait terminé 18e et bon dernier en 2008. Avant le rendez-vous d'Abu Dhabi, dernière étape d’une saison très mouvementée, c’est l’occasion d’évoquer une compétition de plus en plus controversée.

Dans l'univers bling-bling de la F1, Jenson Button fait un excellent champion. Beau gosse, fêtard, il n'a pas à rougir quand il débarque dans les paddocks en compagnie de
Jessica Michibata, jeune et splendide mannequin argentine. En bon pilote de F1 qui se respecte, il possède un yacht et une résidence à Monaco, mais passe la plupart de son temps libre entre sa villa de Bahrein et sa maison de campagne à Weymouth, dans le sud de l'Angleterre.
Heureusement, le play-boy anglais n’a pas qu’un physique, il a aussi...du talent. Selon les experts, le coureur britannique est un pilote très habile. Présenté comme un surdoué du volant, il était jusqu’à présent l’exemple type du bon coureur dans le mauvais baquet, avant d’être consacré champion du monde avec Brawn GP, à 29 ans.

Engagé par Williams en 2000, Jenson Button n'avait remporté qu'un seul Grand Prix en 154 participations avant de s’élancer cette saison avec la nouvelle équipe de Ross Brawn. L'écurie surprise du championnat, cédée par Honda à son ancien directeur technique pour une livre symbolique (un comble dans un sport où l'argent coule à flots), a profité de la nouvelle réglementation pour mettre au point la monoplace la plus performante, bien avant ses concurrentes. "Jens" a bénéficié de cet avantage technologique pour remporter 6 des 7 premières courses du championnat. Ensuite, il s'est contenté de conserver son avance alors que les autres pilotes faisaient une partie de leur retard, et a été finalement sacré champion du monde sans avoir gagné la moindre course depuis le mois de juin...
Loin du débat sur Button et son titre de champion (avec ou) sans panache, force est de constater que le britannique a bien géré sa saison pour enfin réaliser son rêve, après dix ans de carrière. Pour cela, il faut le féliciter. Pour tout le reste, il faut se poser des questions.

Autrefois fleuron du sport automobile, la Formule 1 a incontestablement perdu de son éclat. La faute aux nombreuses affaires qui ont éclaboussé dernièrement la compétition, et à certains de ses dirigeants, indignes d'un sport d'élite.
Principal responsable, Bernie Ecclestone, le "grand argentier" et ami de Flavio Briatore (ça plante le décor). Cet ancien promoteur immobilier a fait de la F1 un véritable business qui lui a rapporté la sixième fortune de Grande-Bretagne. Lors du GP du Brésil, le milliardaire britannique a déclaré au quotidien Folha que la mort d'Ayrton Senna à Imola en 1994 "fut triste, mais la publicité telle...qu'elle fut bonne pour la F1". Ce commentaire résume bien le personnage, qui devrait être suspendu de parler à vie.

Plus globalement, c'est l'image de la F1 qui est aujourd'hui en berne. De jeunes sportifs résidant dans des paradis fiscaux et qui travaillent peu pour gagner énormément; des écuries qui façonnent des bolides capables d'atteindre 350 km/h alors que des radars automatiques poussent chaque jour au bord des routes; une organisation sportive qui transporte des tonnes de matériel par avion à travers le monde et contribue au réchauffement climatique : La F1 n'est pas vraiment dans l'air du temps.
Les institutions du sport automobile devront donner une nouvelle orientation à leur compétition reine, après les élections à la Présidence de la FIA. Construire des circuits respectueux de l’environnement ? Remplir les réservoirs des monoplaces avec du bioethanol ? Quels qu'ils soient, des changements radicaux sont nécessaires pour reconquérir le public.

En attendant, on peut toujours se remémorer l'âge d'or de la F1 en sortant du placard son bon vieux circuit TCR changement de file...L'occasion de rendre hommage au "professeur" Alain Prost, quadruple champion du monde et vainqueur de 51 Grand Prix entre 1980 et 1993. Preuve qu'il ne suffit pas d'avoir une belle gueule pour être un grand champion.

mardi 13 octobre 2009

La Corée du Nord en voyage organisé


Alors que les Bleus bataillent encore pour atteindre le Mondial de foot en 2010, la Corée du Nord a validé depuis belle lurette son ticket pour l'Afrique du Sud où elle jouera la deuxième Coupe du Monde de son histoire. Afin de se préparer, les nord-coréens sont actuellement en tournée amicale et touristique en France.


En obtenant le match nul face à l'Arabie Saoudite (0-0) en juin dernier, la Corée du Nord a obtenu sa qualification pour la prochaine Coupe du Monde, 43 ans après son unique participation lors du Mondial 1966 en Angleterre. Cette année-là, le public ne les connaissait pas et les nord-coréens avaient réalisé l'exploit d'éliminer l'Italie (1-0), devenant ainsi la première équipe asiatique à se qualifier pour les quarts de finale d'une Coupe du Monde avant de perdre face au Portugal d'Eusebio (3-5).

Aujourd'hui lorsque l'on évoque la Corée du Nord, dernière grande dictature communiste, c'est plus souvent pour commenter son programme nucléaire que son classement FIFA (106ème). Il faut dire que la sélection n'a pas eu l'opportunité de se mettre en valeur ces dernières années. A la suite d'une double défaite jugée humiliante en Corée du Sud et au Japon lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 1994, le "cher leader" Kim Jong-il avait interdit toute sortie du territoire aux équipes nationales pendant dix ans, entraînant de fait un forfait pour les éditions 1998 et 2002. Sous le régime communiste, le sport comme tout autre domaine, doit refléter l'éclat du parti et la réussite de ses dirigeants…
Cette restriction finalement levée, la Corée du Nord a pu disputer les éliminatoires de la zone Asie et se qualifier pour la phase finale de la prochaine Coupe du Monde. L'équipe a également le droit de participer à des rencontres amicales au-delà de ses frontières, et c'est dans ce cadre que les footballeurs nord-coréens effectuent un stage d'une dizaine de jours en Loire-Atlantique, leur seul déplacement sur le sol européen depuis plus de quarante ans.

Une conférence de presse rarissime a été autorisée à l'arrivée de la sélection nord-coréenne en France le 6 octobre, toute question de politique étant évidemment interdite. L'entraîneur Kim Jung-hun (aucun lien) a déclaré qu'il espérait "faire mieux qu'en 1966" et a dévoilé le programme de ce séjour dépaysant : une rencontre amicale face au FC Nantes à la Roche-sur-Yon (pour les sudistes, c'est un peu comme si l'Iran rencontrait Arles à Vitrolles) et un match amical contre le Congo-Brazzaville au Mans, un évènement aussi difficile à croire qu'à écrire.
Entre les matchs et les entraînements, la délégation de 28 membres (dont 19 joueurs) a précisé qu'elle en profiterait pour visiter Nantes et sa région, puis Paris, avant de reprendre l'avion pour Pyongyang. Une chance inouïe pour ces footballeurs qui ont l’occasion de découvrir un bout d'Europe, alors que leurs compatriotes n'ont pas le droit de mettre un orteil en-dehors du territoire.

Les "chollima" (surnom des footballeurs nord-coréens signifiant "chevaux ailés") feront donc un autre séjour longue-durée en 2010, pour défendre leurs couleurs au Mondial. Quant aux 22 millions de nord-coréens enfermés dans leur pays, ils pourront suivre l'aventure de l'équipe nationale sur l'unique chaîne de télévision qui devrait exceptionnellement diffuser des images provenant de l'étranger.

L'Afrique du Sud organisera l'été prochain la première Coupe du Monde sur le sol africain, 19 ans après la fin de l'apartheid. La nation arc-en-ciel pourrait être le théâtre d'une affiche inédite entre la Corée du Nord et les Etats-Unis où il serait question pour une fois de coup-francs à 25 mètres et non de tirs de missiles à courte portée. Comme dirait Gérard Holtz : "Vive le sport".

mardi 6 octobre 2009

L'OM vend un maillot qui n'existe pas

En ce qui concerne le merchandising, l'Olympique de Marseille est un exemple pour tous les clubs français. Mais depuis le 16 septembre, l'OM a mis en vente sur son site un maillot vraiment particulier.

Outre la quantité considérable de produits dérivés (environ 700 parmi lesquels des casques de moto, des tétines ou du parfum) l'OM est le champion incontesté du nombre de maillots vendus en France chaque saison. Les chiffres augmentent régulièrement depuis cinq ans et 420 000 unités ont été écoulées en 2008, dont 1/4 seulement en région PACA. L'an dernier, le business du merchandising a rapporté 40 millions d'euros dans les caisses du club, dont 8 millions d'euros de marge brute.

3 modèles différents sont normalement mis en vente : le maillot domicile, le maillot extérieur et enfin le maillot appelé bêtement "third" porté généralement pour les Coupes d'Europe. Cette année, l'OM et Adidas espèrent battre tous les records en proposant au public un 4ème maillot que les joueurs ne porteront jamais !

La société de paris sportifs en ligne BetClic a signé un contrat de sponsoring avec l'Olympique de Marseille et devait apparaître sur les maillots en Ligue des Champions pour la saison 2009-2010. Malheureusement, les joueurs ne peuvent évoluer avec ce maillot en France puisque la loi interdit la publicité pour les sites de paris sportifs jusqu'à l'ouverture à la concurrence qui interviendra le 1er janvier 2010 (au plus tôt).
L'OM avait donc décidé d'inscrire deux sponsors pour la Ligue des Champions : BetClic pour les matchs joués dans les pays où la loi autorise la publicité pour les bookmakers, et Direct Energie pour les matchs disputés dans les pays où la loi l'interdit (comme la France ou le Portugal). C'était sans compter sur l'inflexibilité de l'UEFA, qui a refusé qu'un club affiche deux sponsors différents pour une même compétition.

Les joueurs de l'OM n'évolueront donc jamais avec le sponsor BetClic prévu pour les rencontres européennes et l'histoire aurait pu (et même dû) s'arrêter là. Oui mais voilà, un jour où le soleil devait taper très fort sur le siège du club installé à la Commanderie-Louis Dreyfus, décision fut prise de mettre en vente ce maillot imaginaire. Le site officiel de l'OM a même osé le présenter comme un "collector"... L'art du marketing sportif ou comment prendre les supporters marseillais pour des sardines à l'huile.

A ce rythme là, pourquoi ne pas commercialiser les maillots fictifs de joueurs n'ayant jamais joué à Marseille ? le n°10 de Lionel Messi ferait sûrement un tabac. Ou peut-être proposer des porte-clés de la Coupe UEFA que l'OM n'a jamais gagné ?
Espérons que le public boudera pour une fois ce maillot ridicule, prouvant ainsi aux spécialistes du merchandising qu'on ne peut pas vendre n'importe quoi à n'importe qui.
Au lieu de proposer aux supporters des produits complètement irréels, les dirigeants marseillais devraient plutôt recruter un attaquant de pointe s'ils veulent revendre un jour de vraies écharpes de champion...